Œdipe sur canapé

oedipe_peintre[1]Si de nombreuses œuvres romanesques portent les traces d’un œdipe latent,  il est en revanche plus rare que les auteurs confessent de bonne grâce un complexe d’œdipe pleinement assumé.

On peut pourtant trouver sous la plume de Jules RENARD et de STENDHAL de telles confessions. Notons qu’elles auront précédé de peu celle à laquelle se livra FREUD lui-même en 1897, treize ans avant de nommer définitivement ce désormais fameux « complexe d’œdipe».

Les deux lettres qu’il adresse à son ami, le médecin berlinois Wilhelm FLIESS,  sont sans équivoque :

« Ma libido s’est éveillée envers matrem, et cela à l’occasion d’un voyage avec elle de Leipzig à Vienne, au cours duquel nous avons dû passer une nuit ensemble et où il m’a certainement été donné de la voir nudam. » 3 octobre 1897

« J’ai trouvé en moi, comme partout ailleurs, des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants […]. »  15 octobre 1897

 

C’est dans son autobiographie, La Vie d’Henry Brulard (son vrai nom était Henri Beyle), écrite en 1836 et publiée à titre posthume en 1890, que STENDHAL se livre à cette confession elle aussi très abrupte :

« Ma mère […] était une femme charmante et j’étais amoureux de ma mère […]. Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eût pas de vêtements. Elle m’aimait à la passion et m’embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu’elle était souvent obligée de s’en aller. J’abhorrais mon père quand il venait rompre nos baisers. Je voulais toujours les lui donner à la gorge… J’étais aussi criminel que possible, j’aimais ses charmes avec fureur. »

Mais c’est bien Jules RENARD qui ira le plus loin. Les relations difficiles qu’il entretenait avec sa mère rendent d’autant plus surprenante la confidence. Dernier fils d’Anna-Rose, non désiré, mal aimé, sa mère est le modèle qui lui inspira le personnage de madame Lepic dans Poil  de Carotte ; c’est dire la nature complexe et peu amène de leur relation. Ceci n’empêchera pas Jules RENARD d’écrire dans son Journal, à la date du 18 octobre 1896, sous l’intitulé « Poil de Carotte secret » :

« Mme Lepic [il s’agit en fait de Madame Renard] avait la manie de changer de chemise devant moi. […] Elle se chauffait aussi à la cheminée en retroussant sa robe au-dessus de ses genoux. Il me fallait voir sa cuisse. Ma mère, dont je ne parle qu’avec terreur, me mettait en feu. Et ce feu est resté dans mes veines. Le jour, il dort, mais la nuit, il s’éveille, et j’ai des rêves effroyables. En présence de M. Lepic qui lit son journal et ne nous regarde même pas, je prends ma mère qui s’offre et je rentre dans ce sein d’où je suis sorti. Ma tête disparaît dans sa bouche. C’est une jouissance infernale. » Poil de Carotte secret, Journal, p. 347-348

 

Nul besoin ici, ce me semble, du secours d’aucune analyse psychocritique !…

 *Image: T. de Lempicka sur www.eclectique.net/vieuvre/a galerie.htm

 

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