LOGOS et THERAPIE: quand le Verbe peut guérir

images[5]On aurait tort de croire que le concept d’une parole qui guérit est une découverte du XXème siècle. Dans l’Antiquité déjà un certain ANTIPHON, né en Attique vers 480 av. JC., avait ouvert boutique à Corinthe pour traiter les souffrances humaines par une thérapie fondée sur le discours, l’expression des sentiments du malade et l’interprétation des rêves.

C’est que l’on avait compris que l’homme est un être de langage qui se construit dans sa spécificité par ce langage.

Telle sera bien l’hypothèse de travail reprise, quelques siècles plus tard, par un certain Jacques LACAN : «L’homme qui naît à l’existence a d’abord affaire au langage. Il y est même pris dès avant sa naissance, n’a-t-il pas un état civil ? Oui, l’enfant à naître est déjà, de bout en bout, cerné dans ce hamac de langage qui le reçoit et en même temps l’emprisonne ».

Si le langage permet l’excès à la pensée, à la Raison, c’est parce qu’il est le Grand ordonnateur. C’est le Verbe qui met de l’ordre dans le chaos, structure notre Moi, forge notre vision du monde et donc notre mode d’appartenance à ce monde.

Il n’est alors pas surprenant de constater que les désordres du psychisme humain s’expriment à travers le langage comme autant de symptômes qui s’inscrivent et s’incarnent dans la langue, dans le « dire » sous diverses formes : de la perte du langage, ou de sa désarticulation, aux formes d’expressions détournées que FREUD, puis LACAN ont pu reconnaître dans le simple lapsus, la métaphore (« transposition » de FREUD), la métonymie (« déplacement » chez FREUD), l’homophonie…

Mais, s’il traduit et véhicule les désordres intérieurs, il est aussi celui qui peut les guérir.

« Dire » c’est sortir de soi, mettre à distance ce qui fait obstacle. C’est, selon cette jolie expression, « sortir le caillou qui dans le préconscient blesse ». Si le mot s’investit du mal, de la douleur, le faire sortir c’est extraire cette douleur. Tel est le principe même de la cure psychanalytique.

FREUD, après avoir utilisé l’hypnose, s’est intéressé à la libre association. Il demandait au patient de parler sans s’autocensurer, sans tenter de maîtriser son discours. Mais pour lui « la voie royale vers l’Inconscient » restera le rêve ; le phénomène linguistique en lui-même ne jouant qu’un rôle second.

En revanche, LACAN fait du langage le pivot central de toute sa théorie. Il n’est pas seulement un moyen d’accès à l’Inconscient ; le langage est la matrice même du refoulement.

Avant de devenir le lieu où va s’exprimer ce refoulement, il est donc d’abord le lieu où il se forme.

Dans une interview accordée à Madeleine CHAPSAL pour L’Express en 1957, il résume ainsi sa conception du rôle du psychanalyste: « Le psychanalyste n’est pas un explorateur de continents inconnus ou de grands fonds [pavé jeté dans les abysses de l’Inconscient freudien !…], c’est un linguiste : il apprend à déchiffrer l’écriture qui est là, sous ses yeux, offerte au regard de tous. Mais qui demeure indéchiffrable tant qu’on n’en connaît pas les lois, la clé.»

Il ne reste plus à LACAN qui, influencé par le structuralisme et la linguistique, vient de commettre sous nos yeux le meurtre du père qu’à proclamer encore : « L’Inconscient est structuré comme un langage ».

Dans le prochain article je vous proposerai de regarder quelle forme prend cette parole thérapeutique dans La Contrebasse de Patrick SÜSKIND et quelles révélations on peut en attendre.

Dessin de CABU

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