Courrier des lecteurs

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De Barbailloux à propos de l’article « oedipe sur canapé »:

Si ‘’le complexe d’Œdipe’’ fait toujours parti de la littérature où on peut encore chercher, trouver et exposer des exemples précis, pour la psychanalyse il constitue un élément anecdotique.

Il est admis qu’il a été un des piliers de la structure de la discipline et un des moteurs de la recherche ayant permis son développement.

Bien des interprétations, le plus souvent théoriques, ont fait évoluer la psychanalyse. En ce qui concerne notre sujet, ‘’le complexe d’Œdipe’’, il s’agit beaucoup plus d’une démonstration basée sur l’observation clinique. John Bowlby (Grande Bretagne : 1903-1989) s’est intéressé aux causes de l’évolution désastreuse des nombreux très jeunes enfants ayant échoué dans les nurseries pendant la dernière guerre mondiale ; il a comparé ses constatations à celles des zoologistes et psychologues (R. Hinde ; H.F. Harlow) sur les animaux, pour arriver à la conclusion que le besoin ‘‘primaire’’ réside dans la nécessité biologique de se protéger, ce qui conduit à la ‘pulsion de l’attachement’ à la personne qui en a la charge. Il s’agit le plus souvent de la mère mais, n’importe quel autre sujet peut assumer ce rôle et la réaction est identique : la succion, l’étreinte, le cri, le sourire et la tendance à s’accrocher. Nous ne trouvons ici rien d’érotique.

                  ‘‘barbailloux’’

SL :

Vous prêchez-là une convertie ! Je partage sans retenue votre réserve tant il me semble évident que la psychanalyse, comme aussi la philosophie (rappelons que la psychanalyse appartenait à ce domaine à ses débuts), peuvent pêcher dès qu’elles s’organisent en systèmes et en doctrines. On interroge le monde, on observe l’Homme, les questions montent aux lèvres, les intuitions naissent, puis vient le temps des réponses et peu nombreux sont les philosophes qui résistent, à ce stade, à la tentation de laisser leur empreinte sur leur discipline. C’est alors que l’on commence à « systématiser ». Il me semble que bien souvent, à partir de ce moment-là, la théorie ne sert plus à expliquer le monde, c’est le monde qu’il faut plier et raboter pour le faire entrer de gré ou de force dans la Théorie que l’on a savamment échafaudée. L’ère des erreurs est ouverte, quand ce n’est pas celle du mensonge. Et c’est ainsi que l’on feint de croire que nul garçon ne peut avoir échappé  au complexe d’œdipe et que toutes les petites filles du monde ont été amoureuses de leur papa. Alors que, comme vous le mettez si justement en lumière, il y a bien d’autres explications à l’attachement de l’enfant à son parent, plus immédiates et plus naturelles ; en un mot plus censées et moins alambiquées. Néanmoins, dans les extraits que j’ai cités dans « œdipe sur canapé », vous aurez remarqué que ce sont bien les auteurs eux-mêmes qui mettent l’accent sur la dimension oedipienne, voire érotisante, de leur expérience ou, du moins, du souvenir qu’ils en ont (réel ou construit… mais c’est encore un autre problème!).

On aura vu avec ce qu’il est convenu d’appeler le pansexualisme freudien les débordements possibles occasionnés par un trop grand jusqu’au-boutisme. Il n’en reste pas moins qu’en critique littéraire il est souvent intéressant de lancer dans les eaux profondes du texte quelques filets psychanalytiques. Selon la nature du texte la prise est plus au moins bonne. Mais je vous garantis, par expérience, que la pêche -parfois- peut-être miraculeuse !

Mais vous avez raison : c’est seulement parfois

                                       SL

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