CAMUS, LA CHUTE: de l’Eden à l’Enfer; une réécriture de la Genèse.

Le Labyrinthe de Crète. vers 1460 1475 Bibliothèque nationale de France

La Chute, texte sombre et cynique au style un peu ampoulé, privé de la simplicité de L’Etranger ou du lyrisme solaire de Noces, arrive en 1956, soit quatre ans avant la mort de CAMUS. La violente et douloureuse rupture avec les Temps Modernes a déjà eu lieu. Albert CAMUS connaît des difficultés d’inspiration, souffre de dépression, est sujet à des crises d’angoisse, la tuberculose redouble ses attaques…

En bref : Dans un bar pour marins d’Amsterdam, le Mexico-city, un homme, Jean-Baptiste Clamence ancien avocat parisien, propose ses services de traducteur à un touriste, français comme lui. Cinq jours durant ils vont déambuler dans la ville et ses brouillards.

La Chute reste un texte étrange, écrit à la première personne et puisque l’autre parti ne prendra jamais la parole, on peut considérer qu’il s’agit d’un soliloque déguisé (sorte de confession) où Jean-Baptiste Clamence se livre à une autocritique sans complaisance qui ne tarde pourtant pas à se transformer en une virulente charge  contre la société et l’Homme.

1 – Une construction éminemment dualiste.

Tout dans La Chute est organisé autour d’un schéma manichéen.   Le va et vient permanent qui s’opère entre deux espaces-temps ne cesse de renvoyer dos à dos Amsterdam, lieu de l’action, et Paris, emblème d’une époque révolue, celle de la bonne conscience et du contentement de soi.

Quant à la fameuse scène du Pont Royal, où Clamence assista sans bouger au suicide d’une jeune femme, elle sert de nœud névralgique au récit et constitue l’évènement fondateur qui marquera à tout jamais l’existence d’un Avant et d’un Après dans la destinée de Clamence. 

Or, tous ces éléments soigneusement mis en place par CAMUS nous invitent à voir dans ce récit une réécriture du mythe de la Genèse où Eden et Chute s’opposent comme s’opposent les deux capitales européennes du roman. Ainsi le titre, La Chute, prend-il toute sa dimension programmatique.

2 –  La Chute et lEnfer de DANTE.

C’est bien dans les bas fonds d’Amsterdam que nous rencontrons Clamence au début du roman en état de chute au sens originel du terme, occupé à faire le récit de ses heures de gloire passées lorsqu’il était avocat à Paris. Paris qui représente le temps d’avant sa déchéance, sorte de temps édénique révolu : « Les juges punissaient, les accusés expiaient et moi, libre de tout devoir, […] je régnais, librement, dans une lumière édénique. »

Par opposition, Amsterdam est présentée comme une ville floue, indécise, caractérisée par ses brouillards, ses canaux charriant une eau noire et trouble. Lieu d’errance par excellence où se perdent nos deux personnages, elle est un doublet du labyrinthe où Clamence fait une expérience de perdition-expiatoire confirmée par la présence récurrente du thème du cercle : « Avez-vous remarqué que les canaux concentriques d’Amsterdam ressemblent aux cercles de l’enfer ? […] quand on arrive de l’extérieur, à mesure qu’on passe ces cercles, la vie, et donc ses crimes, devient plus épaisse, plus obscure. »

Et de fait, la ville, telle que la décrit Clamence, est construite sur le modèle de l’Enfer de DANTE avec ses neuf cercles :

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Souvenons-nous que dans la Divine Comédie la chute de Lucifer, l’ange déchu, a creusé une cavité au centre de la Terre dont l’axe passe par Jérusalem : c’est l’Enfer, compartimenté en neuf cercles : les cinq premiers cercles étant à l’extérieur de la cité de Dité (cité de Lucifer), les quatre derniers à l’intérieur de la cité.

Or Clamence précise : « Ici [à Mexico-city], nous sommes dans le dernier cercle. Le cercle des … Ah ! Vous savez cela ? Diable, vous devenez plus difficile à classer. »  Ce cercle dont le personnage n’ose prononcer le nom est, on l’aura deviné, le « cercle des Traîtres », le neuvième chez DANTE.

En plaçant le Mexico-city dans ce dernier cercle, CAMUS le met au cœur de l’antre du Diable. Quant à Clamence, Pape élu des camps de Tripoli, en devenant le prédicateur de Mexico-city, il devient un nouveau visage de Lucifer, l’ange tombé du ciel, un « Jean-Baptiste » qui baptise désormais avec l’eau noire, l’eau fangeuse des canaux d’Amsterdam ; Amsterdam la nouvelle Dité…

Nous comprenons que l’opposition symbolique entre Paris et Amsterdam évoque bien le récit ontologique de la chute tel qu’il est relaté dans la Bible : Paris-Paradis, Amsterdam-Chute. Il n’est pas jusqu’à la consonance même entre les mots AmsterDAM, « damné » et « damnation » qui ne résonne dans le subconscient du lecteur. Quant au nom d’origine de la commune, il vient de l’ancien nom néerlandais Amstelredamme qui évoque les origines de la ville : « Dam » voulant dire « digue » sur l’Amstel. « Digue », construction susceptible d’évoquer une idée de séparation ainsi que la nécessité de contenir un déferlement dangereux. La symbolique des eaux étant elle aussi présente avec tout ce capital d’ambiguïté et de réversibilité qui accompagne toujours l’imaginaire hydrique.

 

Paris – Amsterdam, deux périodes donc de la vie de Clamence, deux lieux successifs articulés autour du péché originel que constitue l’épisode du Pont Royal lui-même annoncé, on s’en souvient, par les rires sataniques qui poursuivaient Clamence depuis le Pont des Arts et annonçaient le Mal à venir.

3 –  L’imaginaire de l’Eden chez Albert CAMUS :

Or, il existe bien une symbolique des villes propre à l’imaginaire camusien qui se fait jour dans toute son œuvre avec, notamment, une nette antithèse entre le Nord et le Sud. Pour CAMUS, l’enfant d’Algérie, les terres du sud ne cesseront d’évoquer tout à la fois la lumière ouranienne, la profusion, le bonheur… C’est Alger ou Tipasa, toutes deux célébrées dans Noces et ailleurs.

Mais dans La Chute c’est la Grèce et ses îles qui symbolisent ces paradis à jamais inaccessibles pour Clamence, idéaux d’Innocence et de pureté : « Dans l’archipel grec […] aucune confusion ; dans la lumière précise, tout était repère »  ; « connaissez-vous la Grèce ? […] Il y faut des cœurs purs. […] L’air y est chaste, la mer et la jouissance claires ». Soulignons le choix d’un vocabulaire qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’Eden de la Genèse.

Notons encore que cette vision camusienne n’est pas un fantasme, une imagination de romancier. Bien au contraire, elle prend très concrètement racine dans les souvenirs encore vibrants que l’auteur a rapportés du voyage fait l’année précédente en Grèce, en avril 1955, et que l’on peut retrouver dans les Carnets III, éd. Gallimard nrf, p.156 à 174.

« Ce monde des îles, y lit-on, si étroit et si vaste me paraît être le cœur du monde. Et au centre de ce cœur se tient Délos et cette cime où je suis, d’où je peux regarder sous la droite et pure lumière du monde le cercle parfait qui limite mon royaume. » Carnets III, p.170.

Tout comme l’Enfer a son centre au Mexico-city d’Amsterdam, le paradis camusien a donc le sien et il est au cœur même des îles grecques et  de leurs sanctuaires.

4 –  Amsterdam et l’Enfer:

A l’inverse, l’Enfer c’est Prague dans La Mort heureuse où Mersault regardant par la fenêtre du train sent monter en lui comme un désespoir : « De la terre désolée au ciel sans couleur se levait pour lui l’image d’un monde ingrat ».

Prague, qui tient un rôle symbolique dans cet ouvrage puisqu’il ouvre un temps de mort initiatique qui prépare le personnage aux débordements de vie et de joie qui vont bientôt le submerger à son arrivée à Gênes. Par opposition, il rejoint enfin la beauté lumineuse du monde méditerranéen en atteignant l’Italie : « Dès le premier cyprès, droit sur la terre pure, il avait cédé [….] Bientôt, à mesure que le soleil avançait […] et qu’approchait la mer, sous le grand ciel rutilant et bondissant d’où coulaient sur les oliviers frémissants des fleuves d’air et de lumière, d’exaltation qui remuait le monde rejoignit l’enthousiasme de son cœur. »

L’Enfer camusien c’est aussi la « triste Europe » du Malentendu, pièce de théâtre de 1944. Pays du froid et de la grisaille (sans doute à l’image de ce que découvrit CAMUS lui-même en arrivant en métropole pour la première fois). Pays que projettent de fuir une mère et sa fille en assassinant les clients de leur hôtel afin de  constituer, en les dépouillant, le petit pécule qui leur permettrait de rejoindre ces terres paradisiaques de mer et de soleil qui peuplent leurs rêves. Maria (la fille) : « Ah ! Mère ! Quand nous aurons amassé beaucoup d’argent et que nous pourrons quitter ces terres sans horizon, quand nous laisserons derrière nous cette auberge et cette ville pluvieuse, et que nous oublierons ce pays d’ombre, le jour où nous serons enfin devant la mer dont j’ai tant rêvé, ce jour-là, vous me serrez sourire. »

Mais l’Eden n’advient qu’aux cœurs purs. En assassinant ce fils et ce frère qu’elles n’ont pas su reconnaître à temps, elles ont rejoué l’infanticide et le fratricide des tragédies grecques se condamnant à un état de chute aussi insupportable qu’irrévocable.

Quant à Amsterdam, CAMUS d’écrire : « n’est-ce pas le plus beau des paysages négatifs ! Voyez, à notre gauche, ce tas de cendres qu’on appelle ici une dune, la digue grise à notre droite, la grève livide à nos pieds et, devant nous, la mer couleur de lessive faible, le vaste ciel où se reflètent les eaux blêmes. Un enfer mou, vraiment ! »

« Enfer mou » et flou, en tout point antithétique de ses souvenirs de Sounion, Carnets III : « le promontoire qui avance dans la mer comme une dunette d’où on domine l’escadre des îles au large tandis qu’en arrière à droite et à gauche, la mer écume le long des flancs de sable et de roche est un lieu indescriptible. Le vent furieux siffle dans les colonnes si fort qu’on croirait à une forêt vivante. Il brasse l’air bleu, aspire celui du large, le mélange avec violence aux parfums qui montent de la colline couverte de fleurs minuscules et fraîches et fait furieusement claquer sans trêve autour de nous des draps bleus tissés d’air et de lumière. »

Enfer où règne le Mal et l’Impur ce qui est symboliquement confirmé par les colombes qui tournoient dans le ciel hollandais sans trouver où se poser : « N’avez-vous pas remarqué que le ciel de Hollande est rempli de millions de colombes », « Elles tournent » et « voudraient descendre » mais « nulle tête où se poser ». On y verra bien sûr une référence au Saint-Esprit qui ne peut pénétrer l’empire du Diable symbolisé par Amsterdam.

Ce face à face entre le paysage grec et le paysage hollandais dit toute la nostalgie de l’Eden et de l’Innocence d’avant le péché originel.

5-   Clamence et l’Arbre de la Connaissance 

Avec l’épisode du Pont Royal Clamence ne s’est-il pas découvert nu comme Adam et Eve dans la Bible ? Alors qu’ils viennent de goûter à la pomme de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal nous pouvons lire : « Leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent, et ils prirent conscience qu’ils étaient nus. » (Genèse 2.4)

C’est à peu de choses près ce qu’écrit CAMUS dans ses Carnets III parlant du personnage de Clamence : « Un lâche qui se croyait courageux. Et une occasion suffit pour qu’il s’aperçoive du contraire ».

Ainsi, en accédant à la Connaissance ce n’est pas tant le statut d’Adam et Eve qui change mais plutôt la conscience de ce statut qui engendre chez eux un sentiment de honte nouveau.

De même de Clamence  qui, en perdant l’Innocence, perd la condition première à sa bonne conscience. Bonne conscience dont CAMUS souligne, non sans un certain cynisme, toute la part de malentendu qui la sous-tend : « L’idée la plus naturelle à l’homme, celle qui lui vient naïvement, comme au fond de sa nature, est l’idée de son innocence. »

« C’est que, voyez-vous, monsieur, disait le petit Français [de Buchenwald], mon cas est exceptionnel. Je suis innocent ! »

Si bien que ce qui se brise finalement sur le Pont Royal c’est le temps des certitudes, des illusions et du confort moral qui l’accompagne. Ce glas qui sonne annonce l’entrée dans le « malconfort », cette cellule de torture du Moyen-âge où l’on ne pouvait se tenir ni debout ni assis et que CAMUS convoque souvent pour symboliser la condition humaine.

Le titre, La Chute, évoque donc la chute de Clamence du « vestibule des Lâches » (temps de la bonne conscience), que DANTE place aux portes de son Enfer, au dernier cercle, le 9ème : le « cercle des Traîtres » et du diable (temps de la Connaissance).

DANTE définit les Lâches au chant III de La Divine Comédie en ces termes:

      « cet état misérable
Est celui des méchantes âmes des humains
Qui vécurent sans infamie et sans louange.
Ils sont mêlés au mauvais cœur des anges
Qui ne furent ni rebelles à Dieu
Ni fidèles,  et qui ne furent que pour eux-mêmes.       
Les cieux les chassent […] et le profond enfer ne veut pas d’eux »

Ainsi Paris ne fut-il donc finalement que l’antichambre des Enfers, un lieu d’ignorance plus que d’Innocence.

Le véritable Eden dans La Chute reste mythologique et donc, par définition, inaccessible : « Depuis ce temps, la Grèce elle-même dérive quelque part en moi, au bord de ma mémoire, inlassablement… » Comment dire mieux la perpétuité de l’exil ?

C’est aussi ce que CAMUS évoquait en d’autres termes dans les Carnets II parlant de : « l’idéal antique et sa belle figure humaine ».

Sa définition de l’exil dans Le Mythe de Sisyphe renvoie bien à cet état de chute propre à Clamence : « dans un univers soudain privé d’illusion et de lumière, l’homme se sent un étranger. Cet exil […] Ce divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité. »

***

Ainsi cette œuvre, que nous avons dite énigmatique, ne s’éloigne-t-elle pas finalement des grandes lignes qui ont traversé et structuré la pensée d’Albert CAMUS sa vie durant. La nostalgie de la lumière et du bonheur s’y exprime juste un peu plus douloureusement qu’ailleurs.

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Victor HUGO, Eugène DELACROIX: regards croisés sur la Grèce

 Lorsqu’en 1821 la Grèce proclame son indépendance après des siècles d’occupation turque, les ottomans répondent par des massacres et ravagent l’île de Chios (Χίος). Les artistes et intellectuels européens vont s’en émouvoir comme en témoignent les vers d’Hugo et la toile de Delacroix.                                          

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                                       Eugène DELACROIX, Le Massacre de Chios, 1822

 

L’enfant

                                       « Ô horror ! horror ! horror ! », 
                                        W. Shakespeare, Macbeth

 

Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. 
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil, 
Chio, qu’ombrageaient les charmilles, 
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois, 
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois 
Un chœur dansant de jeunes filles. 

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis, 
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis, 
Courbait sa tête humiliée ; 
Il avait pour asile, il avait pour appui 
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui 
Dans le grand ravage oubliée. 

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux ! 
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus 
Comme le ciel et comme l’onde, 
Pour que dans leur azur, de larmes orageux, 
Passe le vif éclair de la joie et des jeux, 
Pour relever ta tête blonde, 

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner 
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener 
En boucles sur ta blanche épaule 
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront, 
Et qui pleurent épars autour de ton beau front, 
Comme les feuilles sur le saule ? 

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ? 
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus, 
Qui d’Iran borde le puits sombre ? 
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand, 
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant, 
Cent ans à sortir de son ombre ? 

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois, 
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois, 
Plus éclatant que les cymbales ? 
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ? 
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, 
Je veux de la poudre et des balles. 

                                               Victor Hugo, Les Orientales, 1829

                                              

Sagesse grecque et temps modernes

701983[1] (2)

 Albert CAMUS – Nikos KAZANTZAKI: ode à la pensée antique et au paysage grec.

* Extrait de ma thèse de Littérature : Albert CAMUS – Nikos KAZANTZAKI: d’une rive à l’autre ou l’itinéraire méditerranéen.

                                               La position d’Albert CAMUS et de Nikos KAZANTZAKI par rapport à la pensée grecque devra beaucoup à leur conception respective des devoirs incombant à l’homme moderne. Loin de se résumer à une analyse purement intellectuelle, elle jouera un rôle déterminant dans l’élaboration du modèle éthique qu’ils proposeront à l’Europe contemporaine pour conjurer ses errances.

                                               C’est tout d’abord dans un désaveu commun de ce siècle que Nikos Kazantzaki et Albert Camus se rejoignent. Le portrait, que ce dernier brosse de notre époque dans son discours du 10 décembre 1957 à Stockholm, est sans équivoque. Il y décrit sa génération comme « Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression […] où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort »[1]. La vision de Nikos Kazantzaki n’est pas moins pessimiste. Il confiera en effet à Manolis Gialourakis : « Nous nous trouvons à la fin d’une époque historique. Le monde dans lequel nous vivons se trouve en dissolution. Décomposition morale, psychique, économique. Le monde pris par la décomposition : c’est cela notre époque. »[2] En face de cet univers sombre ce sont finalement les valeurs grecques qui triomphent. Ainsi, l’éloge que fait Nikos Kazantzaki de la Grèce antique rejoint à beaucoup d’égards la nostalgie qui sourd de l ’analyse que Camus propose de l’Europe moderne, de l’Europe barbare. Alors qu’il sait ce qu’il abandonne en quittant l’Algérie et devine ce qu’il perd en renonçant à son voyage en Grèce, ses regrets font écho à l’émerveillement de Nikos Kazantzaki qui parcourt l’Attique. « Il semble qu’ici, en Attique, tout soit soumis à un rythme simple, sûr, équilibré. […] Le paysage attique suggère qu’il doit être le modèle idéal de l’homme : bien ouvragé, avare de paroles, libéré des richesses superflues, puissant et capable pourtant de contenir sa force et d’imposer des limites à son imagination. Le paysage attique atteint parfois les frontières de l’austérité mais ne les dépasse jamais, il s’en tient à un sérieux enjoué et accommodant. […] Tout est bien pesé, bien mesuré, et les vertus elles-mêmes n’en viennent pas à l’exagération, ne sortent pas de la mesure humaine; elles s’arrêtent au point à partir duquel elles deviendraient inhumaines ou divines. […] Le paysage attique […] exprime l’essentiel avec la plus grande économie de moyens. »[3] Il ne reste en revanche à Albert Camus, exilé dans l’horreur de son siècle, qu’une douloureuse nostalgie : « L’année de la guerre, je devais m’embarquer pour refaire le périple d’Ulysse. A cette époque, même un jeune homme pauvre pouvait former le projet somptueux de traverser une mer à la rencontre de la lumière. Mais j’ai fait alors comme chacun. […] J’ai pris ma place dans la file qui piétinait devant la porte ouverte de l’enfer. […] Les fantômes chaleureux des îles fortunées ne nous apparaissent plus qu’au fond d’autres longues années, encore à venir, sans feu ni soleil. »[4] « L’Attique, la liberté et ses vendanges, le pain de l’âme sont pour plus tard »[5] conclut-il. Remarquons que les vertus grecques que Nikos Kazantzaki reconnaît dans le paysage attique sont celles qu’Albert Camus saluait dans « L’exil d’Hélène » et mettait en exergue face au visage contemporain de l’Europe décadente. « La pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite, écrit-il. Elle n’a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison, parce qu’elle n’a rien nié, ni le sacré, ni la raison. Elle a fait la part de tout, équilibrant l’ombre par la lumière. Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité, est fille de la démesure. […] Elle recule dans sa folie les limites éternelles et, à l’instant, d’obscures Erinnyes s’abattent sur elle et la déchirent. »[6] Mais, en dépassant ses limites, en exilant la Mesure grecque, l’Europe a renoncé à rechercher l’équilibre comme à trouver l’Harmonie. « Dans cette Europe humide et noire »[7] qu’il décrit, nulle place ne reste pour la lumière grecque dont Nikos Kazantzaki devine le miraculeux pouvoir : « la lumière en Grèce est toute spirituelle. C’est dans cette lumière que l’homme a réussi à voir clair, à mettre de l’ordre dans le chaos et à en faire un univers. Et un univers, cela veut dire une harmonie. »[8] Or, nous sommes frappée par l’omniprésence de la lumière dans les notes prises par Albert Camus lors de son voyage en Grèce en 1955 : « lumière parfaite »[9], « lumière étincelante »[10], « lumière divine »[11], « pure lumière »[12], qui deviendra dans sa mémoire le symbole même de cette harmonie reconquise. N’écrit-il pas : « Tout s’oublie ici et tout se refait. Ces jours merveilleux passés [..] dans une lumière inlassable, j’en retiens le goût dans ma bouche, dans mon cœur, une seconde révélation, une seconde naissance »[13] ? De « Ces vingt jours de courses à travers la Grèce »[14] que veut-il conserver ? Rien que la lumière tant elle contient tout : « ils m’apparaissaient [ces vingt jours] comme une seule et longue source de lumière que je pourrai garder au cœur de ma vie. La Grèce n’est plus pour moi qu’une longue journée étincelante […]. Retenir cette lumière, revenir, ne plus céder à la nuit des jours… »[15] Telle est la lumière grecque à laquelle Camus attache une sagesse et où il cherche la force de résister aux ténèbres modernes vers lesquelles il retourne.

                                               Mais l’harmonie qu’elle révèle est répudiée par l’homme moderne qui a délibérément coupé ses liens avec la nature. C’est ce que dénonce encore Albert Camus en mettant dos à dos Platon et Hegel, la Grèce antique et l’Occident moderne : « Si l’on veut bien saisir notre différence, il faut s’adresser à celui de nos philosophes qui est le vrai rival de Platon. Seule la ville moderne, ose écrire Hegel, offre à l’esprit le terrain où il peut prendre conscience de lui-même. […] Délibérément, le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation des soirs. […] L’histoire n’explique ni l’univers naturel qui était avant elle, ni la beauté qui est au-dessus d’elle. Elle a donc choisi de les ignorer. […] La taupe médite. »[16] « Mais, on ne le répétera jamais assez, écrit Etienne Barilier, Platon lui aussi, lui d’abord, est un amoureux du monde »[17]. Sans doute est-ce ici d’ailleurs que la pensée camusienne rencontra d’abord la pensée grecque et tissa avec elle, dans ce commun amour du monde, ses liens les plus sûrs. En avril 1955, la description que nous offre Camus du Parthénon nous fait comprendre, mieux qu’un long discours, tout ce qui sépare la conception grecque de l’art des constructions modernes : « prodigieuse audace de l’Acropole où les architectes ont joué non pas avec des mesures harmonieuses mais avec la prodigieuse extravagance des caps, des îles jetées sur un golfe immense et d’un ciel à la vaste conque tournoyante. Ce n’est pas le Parthénon qu’ils ont construit mais l’espace lui-même »[18]. C’est la même impression qu’éprouvait finalement Nikos Kazantzaki devant le temple d’Apollon à Bassae. « J’ai du mal à aimer d’un seul coup les temples antiques »[19], écrivait-il tout d’abord. « Il me fallut donc beaucoup de temps pour découvrir la profonde correspondance qui existe entre le paysage et le monument […]. Peu à peu […] le temple m’apparut comme un fragment de la montagne […], fait de la même roche et suivant un même rythme. »[20] Tandis que les Anciens ne se coupaient jamais du monde qui les entourait et cherchaient à entrer avec lui dans une harmonieuse collaboration, l’homme moderne, en revanche, s’est amputé d’une part de lui-même. Il s’est coupé de la Création. Mais en perdant ses chances d’harmonie il a perdu aussi son sens de la limite. En se détournant de la nature, l’homme rejette le visage du destin : libéré du décor, qui par sa permanence lui rappelle sa finitude, il peut commencer à se prendre pour Dieu. Il ne reste à Camus qu’à en faire le constat désespéré : « La démesure est un incendie selon Héraclite, écrit-il. L’incendie gagne »[21]. Pourtant, si la taupe voulait bien consentir un instant à contempler le monde elle y trouverait, intactes, les chances d’une réconciliation : « La nature est toujours là, pourtant. Elle oppose ses ciels calmes et ses raisons à la folie des hommes. Jusqu’à ce que l’atome prenne feu lui aussi et que l’histoire s’achève dans le triomphe de la raison et l’agonie de l’espèce. Mais les Grecs n’ont jamais dit que la limite ne pouvait être franchie. Ils ont dit qu’elle existait et que celui-là était frappé sans merci qui osait la dépasser. Rien dans l’histoire d’aujourd’hui ne peut les contredire. »[22] Cette sagesse hellénique, elle aussi perdue, Nikos Kazantzaki la retrouvera pourtant dans le paysage grec comme en témoigne encore le Rapport au Gréco : « Toutes les choses en Grèce, les montagnes, les rivières, les mers, les plaines s’humanisent et parlent à l’homme une langue presque humaine. Elles ne l’écrasent pas, ne le tourmentent pas ; elles deviennent ses amies et ses collaboratrices. »[23] Cette complicité entre l’homme et la nature, qui laisse toutes ses chances à l’Harmonie, Kazantzaki la louait déjà dans ses Carnets de voyage : « Les trois jours qui séparent Olympie du temple d’Apollon à Bassae, y écrivait-il, se dressent et bruissent dans mon esprit comme trois platanes.

      « J’ai été ravi par la verdure, les eaux, les paisibles vallées, le parfum de la sarriette ; par les accueillantes montagnes, par cet éternel paysage grec inondé de lumière, fait à la taille de l’homme. »[24]

C’est désormais cette fraternité entre l’homme et le monde, la créature et la Création, qu’Albert Camus n’aura de cesse de revendiquer. Rétablir le lien rompu entre l’homme moderne et l’immuable nature, tel est le salut possible auquel il nous engage : « A l’heure où le goût des doctrines voudrait nous séparer du monde, il n’est pas mauvais que des hommes jeunes, sur une terre jeune [l’Algérie], proclament leur attachement à ces quelques biens périssables[25] et essentiels qui donnent un sens à notre vie : mer, soleil et femmes dans la lumière. Ils sont le bien de la culture vivante, le reste étant la civilisation morte que nous répudions. »[26] La jeunesse algérienne a renoué avec la nature le dialogue qu’entretenaient avec elle les Grecs. C’est pourquoi Camus sait tout ce que pourrait apprendre d’elle une Europe qui, comme l’écrit Roger Quilliot, « a parié sur le salut, s’est installée dans l’histoire, tournant le dos à ce que la terre comporte d’éternel »[27].

                                               Face à cette Europe où tout annonce le triomphe des « royaumes de la mort »[28], Nikos Kazantzaki loue le paysage grec sans cesse en mouvement où les Anciens surent puiser une leçon de vie. « A chaque instant, écrivait-il, dans ses Carnets de voyage, tout en restant immuable, il se transforme. Il ne lasse jamais. Il possède à la fois une unité interne et une variété qui se renouvelle sans cesse.

      « Ce même rythme, ne gouverne-t-il pas aussi l’art grec qui aima, comprit et exprima cet éternel paysage ? Regardez bien une sculpture de la grande époque classique. Elle n’est pas immobile. […] La statue vit, bouge, perpétue la tradition et prépare l’avenir avec une audace disciplinée. […]

      « Cette haute leçon de soumission et d’audace, les artistes de l’Antiquité l’ont certainement tirée du paysage grec qui, tout en conservant son unité, se renouvelle sans cesse. »[29]

Telle est l’impression qu’il conservera intacte jusque dans son ultime écrit, le Rapport au Gréco : « Je regardais, humais la Grèce […] A chaque instant le paysage grec, tout en restant le même, change légèrement : sa beauté ondule, il se renouvelle. Il a une unité profonde et en même temps une diversité sans cesse renouvelée. Le même rythme ne gouverne-t-il pas l’art antique, qui est né en regardant, en aimant, en sentant et en formulant le monde visible qui l’entourait ? »[30] Or, c’est ce frémissement incessant de vie, qui habite le paysage et imprègne la civilisation méditerranéenne, qu’Albert Camus revendiquera profondément. En honorant « les formes bariolées de la passion de vivre »[31] qui animent l’homme méditerranéen « nourri de ciel et de mer »[32], il nous engage à répudier avec lui « les puissances d’abstraction et de mort au nom de nos forces de vie »[33]. On peut à bon droit se demander si cette passion pour une vie colorée, bruyante, exubérante, n’est pas plus africaine encore[34] que grecque. Néanmoins, c’est bien à l’hellénisme que Camus entend la rattacher, lui qui vante finalement « l’orgueil de la vie qui animait le monde antique »[35].

                                               La Beauté, qui transparaît dans le paysage méditerranéen et inspira l’art grec, est également louée par Albert Camus et Nikos Kazantzaki. Sans doute n’était-ce pas un hasard si Alexis Zorba, porteur des valeurs méditerranéennes dans l’œuvre de Kazantzaki, était, sous ses apparences rudes, un véritable esthète. Souvenons-nous de la confession de Patron : « Le sens des mots art, amour, beauté, pureté, passion – cet ouvrier l’éclairait pour moi avec les mots humains les plus simples. »[36] C’est à son contact encore qu’il contemple en naviguant dans la mer Egée la beauté du monde : « Mais fendre cette mer-là, par un tendre automne, en murmurant le nom de chaque île, je crois qu’il n’est pas de joie qui, davantage, plonge le cœur de l’homme dans le Paradis […] jusqu’au fond de l’horizon, je m’enivrais du miracle. »[37] « Heureux, dit-il encore, l’homme à qui il a été donné, avant de mourir, de naviguer dans la mer égéenne »[38] ; conviction qu’il partage sans nul doute, comme nous l’avions déjà souligné,  avec un personnage comme le Clamence de La Chute. A contrario, dans « L’exil d’Hélène » c’est tout l’Occident moderne qui a oublié ce miracle grec : « Notre temps, au contraire, a nourri son désespoir dans la laideur […]

      « Nous avons exilé la beauté, les Grecs ont pris les armes pour elle. »[39]

C’est en des termes assez proches que Nikos Kazantzaki proclame son désaveu à l’égard de son temps dont il pressent les égarements : « Le jour viendra, écrivait-il dès 1937, – il est déjà là – où nous ne goûterons plus la grâce, la noblesse, la douceur de la beauté, ni le charme de la paix. Siècle de fer. »[40] Or, Camus, comme Kazantzaki, sait bien qu’en faisant fi de la Beauté le monde moderne renonce à bien plus. Albert Camus écrivait en effet dans L’Homme révolté : « L’art, du moins, nous apprend que l’homme ne se résume pas seulement à l’histoire et qu’il trouve ainsi une raison d’être dans l’ordre de la nature. Le grand Pan, pour lui, n’est pas mort. Sa révolte la plus instinctive, en même temps qu’elle affirme la valeur, la dignité commune à tous, revendique obstinément, pour en assouvir sa faim d’unité, une part intacte du réel dont le nom est la beauté. »[41] Comme le souligne Etienne Barilier, ainsi comprise, la beauté camusienne doit beaucoup à Platon. Car, ce dont elle atteste d’abord c’est de « la présence paradoxale, dans l’imperfection même du monde, d’une perfection. »[42] Il est remarquable de noter à quel point le voyage que fera Albert Camus en Grèce lui en apportera la confirmation. Les mots « parfait », « perfection », reviennent sans cesse dans ses notes, jaillis de son émerveillement devant la beauté des paysages ou de l’art grec. « Instant parfait »[43], « heure ici encore […] parfaite »[44]. On « sor[t] un peu ivre […] de cette perfection »[45], écrit-il encore. Lui aussi, comme Kazantzaki le fut, est subjugué par le paysage si changeant : « Emerveillé par la beauté des paysages, notait-il. Tout ce que la Grèce tente en fait de paysages, elle le réussit et le mène à la perfection. »[46] Bientôt il revendique l’univers grec comme sien. Depuis Délos il contemple autour de lui la terre des Hellènes et écrit : « je peux regarder sous la droite et pure lumière du monde le cercle parfait qui limite mon royaume. »[47] C’est encore dans une Grèce où la beauté triomphe qu’il peut faire à nouveau siens les mots d’Œdipe : « Tout est bien. »[48]

                                               A cette soif de perfection, à la « faim d’unité » que Camus devine en chacun, répond le « désir de la beauté » que Kazantzaki attache à l’homme. « Hélène, dit-il, a généreusement partagé sa chance entre toutes les femmes et, comme un cri immense, elle a traversé les siècles en réveillant au fond de chaque homme le désir de la beauté. »[49] Ayant ainsi conjointement débusqué le désir de transcendance qui veille en l’homme, Albert Camus se navrait dès 1932 dans son « Essai sur la musique » de ce que « La science et la philosophie ont remplacé l’élan vers l’idéal »[50]. C’est la même idée qu’il reprendra dans L’Eté car, comme le souligne Pauline Newman-Gordon, « L’exil d’Hélène représente pour Camus le refus de la beauté dans un monde obsédé par la force »[51].  Revenant encore à la pensée grecque il notait dans ses Carnets en 1941 : « Mais l’esprit grec : S’il n’est pas beau, il n’est pas Dieu. Les Grecs ont vaincu. »[52] Cependant le monde moderne n’a plus de goût pour ce « pain éternel »[53] et il n’est pas jusqu’au peuple grec qui, ayant exilé la Beauté, ne soit retourné à la barbarie des premiers âges. Regardant ses compatriotes, Kazantzaki déclare avec son ami poète : «  – aucune noblesse, […] aucune grâce. Ce sont des barbares. »[54]


Notes:
[1]  A. CAMUS, « Discours de Suède », éd. La Pléiade, Essais,  p. 1073.
[2]  M. GIALOURAKIS, Kazantzaki : une journée à Antibes, p. 25.
[3]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 135 et 136  (Souligné par nous).
[4]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « Prométhée aux Enfers », p. 120 et 121.
[5]  Idem
[6]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 133 et 134. (Le vocabulaire souligné ici par nous fait écho à celui relevé dans le texte de Nikos Kazantzaki précédemment cité).
[7]  op. cit. , p. 121.
[8]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 168  (Souligné par nous).
[9]  A. CAMUS, Carnets III, p. 159.
[10]  op. cit. , p. 168.
[11]  op. cit. , p. 169.
[12]  op. cit. , p. 170.
[13]  op. cit. , p. 171.
[14]  op. cit. , p. 173.
[15]  A. CAMUS, Carnets III, p. 173.
[16]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 136 et 137.
[17]  E. BARILIER, « La création corrigée », Cahiers Albert Camus -5-, p. 144.
[18]  A. CAMUS, Carnets III, p. 160.
[19]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 208.
[20]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 208.
[21]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 138.
[22]  Idem
[23]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 170.
[24]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 205.
[25]  « biens périssables » pour l’homme mortel appelé à les perdre mais impérissables dans leur essence.
[26]  A. CAMUS, Présentation de la Revue Rivage, éd. La Pléiade, Essais,  p. 1330.
[27]  R. QUILLIOT, La Mer et les prisons, p. 253.
[28]  A. CAMUS, « Discours de Suède », éd. La Pléiade, Essais, p. 1073.
[29]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 205.
[30]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 171.
[31]  A. CAMUS, Présentation de la revue  Rivages, éd. La Pléiade, Essais,  p. 1331.
[32]  Idem
[33]  Ibid.
[34]  Voir Noces suivi de L’Eté, p. 87.
[35]  A. CAMUS, Entre Plotin  et saint Augustin, éd. La Pléiade, Essais, p. 1227.
[36]  N. KAZANTZAKI, Alexis Zorba, p. 20  (Souligné par nous).
[37]  op. cit. , p. 23  (Souligné par nous).
[38]  Idem. Notons qu’il reprend la formule de l’hymne de Déméter citée par Albert Camus dans Noces : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses . »
[39]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 133.
[40]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 223.
[41]  A. CAMUS, L’Homme révolté, éd. La Pléiade, Essais, p. 679  (Souligné par nous).
[42]  E. BARILIER, « La Création corrigée », Cahiers Albert Camus -5- , p. 143.
[43]  A. CAMUS, Carnets III, p. 159  (Souligné par nous).
[44]  op. cit. , p. 163  (Souligné par nous).
[45]  op. cit. , p. 158  (Souligné par nous).
[46]  op. cit. , p. 172  (Souligné par nous).
[47]  op. cit. , p. 170  (Souligné par nous).
[48]  op. cit. , p. 159.
[49]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus,, p. 213  (Souligné par nous).
[50]  Ecrits de jeunesse d’Albert Camus, « Essai sur la musique », Cahiers Albert Camus -2- , p. 162.
[51]  P. NEWMAN-GORDON, Hélène de Sparte. La Fortune du mythe en France, Nv. Ed. Debresse, Paris 1968, chapitre III consacré à Albert Camus, p. 162.
[52]  A. CAMUS, Carnets I, p. 239.
[53]  A. CAMUS, Carnets II, p. 326.
[54]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 223.
*Image: Edward LEAR, Temple d’Apollon à Bassae, 1854-1855