Des Noces de CAMUS à Alexis Zorba de KAZANTZAKI : une vision grecque du monde.

 

 

            Le 28 avril 1955 Albert Camus, lors d’un voyage en Grèce, confiait au journaliste de To Bima, avec son admiration pour l’œuvre de Nikos Kazantzaki, sa préférence pour le personnage de Zorba : «  Je connais évidemment vos poètes, un Sikélianos, un Kavafi, mais s’il est un écrivain grec moderne que je connais bien et que j’admire c’est Kazantzaki. J’ai lu ses tragédies et son Zorba. Ce me semble être une œuvre plus grecque, avec plus de couleurs… Zorba est une force vive, un homme. »[1]

            Camus a-t-il reconnu en Zorba un « frère de soleil »[2] du jeune homme des Noces ? A-t-il deviné en lui une sensibilité, une philosophie, proches de celles du peuple d’Alger dont L’Eté fait l’éloge ? Toujours est-il qu’à Manolios, rongé par l’obsession du salut de l’âme, Camus a préféré le tonitruant Zorba. A l’ascèse chrétienne qui traverse Le Christ recrucifié, il a préféré l’inspiration grecque qui parcourt Alexis Zorba. Et de fait, nous pouvons considérer que cet ouvrage est celui qui ramène le plus sûrement Nikos Kazantzaki à ses origines méditerranéennes. Soulignons en effet qu’Alexis Zorba peut apparaître comme un texte atypique. L’éthique qui traverse la plupart des ouvrages de Kazantzaki et anime la majorité de ses héros est, nous le savons, essentiellement guerrière. Lorsqu’il naît en Crète, son île est encore occupée par les Turcs et la société dans laquelle il voit le jour magnifie les vertus combattantes et pose en modèles les palikares, héros des insurrections successives contre l’occupant. Ainsi, ce qu’il retiendra de cette enfance, et qui lui donnera profondément le sens du tragique de l’existence humaine, c’est la nécessité impérieuse de la lutte. Si au fil de sa réflexion l’ennemi change de visage, l’éthique du combat restera en revanche, sa vie durant, une permanence, l’axe autour duquel évolue sa pensée et se forme son ascèse. C’est pourquoi nous retrouvons toujours dans ses textes les deux mots: « combat » et « montée »: le premier emprunté à la tradition crétoise, le second enrichi d’une dimension spirituelle qui trouvera en Christ son modèle le plus parfait. Ce n’est pas un hasard si Kazantzaki choisit de débuter son autobiographie par ces mots: « Tout homme digne d’être appelé fils de l’homme charge sa croix sur ses épaules et monte à son Golgotha… je veux dire au sommet de [ son ] devoir »[3]. Car, pour Nikos Kazantzaki, comme pour Nietzsche qui sera l’un de ses maîtres, « l’homme est quelque chose qui doit être surmonté », pour reprendre les termes du Zarathoustra. Or, ce devoir de dépassement de soi, annoncé dès Ascèse écrit en 1923, est une préoccupation étrangère à Zorba qui, comme nous allons le voir, vit sur des valeurs autres que celles héritées par l’auteur de la tradition crétoise, du modèle christique ou encore de la pensée allemande. Et de fait, Zorba est un héros dionysiaque isolé dans le panel des héros kazantzakiens. Il est à cet égard plus proche du Camus des Noces, ou de la jeunesse algéroise décrite dans L’Eté, que des héros solaires et apolloniaques de Kazantzaki, âmes guerrières obsédées par la nécessité de leur propre dépassement et hantées par la quête d’une certaine immortalité.

            Zorba est, à l’instar du peuple algérien décrit par Albert Camus, celui qui aime la vie avec passion, croit le bonheur possible et entretient avec le monde qui l’entoure un rapport à la fois sensuel et fraternel. Or, d’une œuvre à l’autre, l’homme méditerranéen, tel qu’il se dessine, présente les mêmes caractéristiques et s’oppose de la même façon à la vision judéo-chrétienne du monde.

            Ce que dit en effet Noces, c’est d’abord l’entente passionnée de l’homme et de l’univers. Le jeune Camus qui vit une journée d’ivresse dans « l’odeur volumineuse… et la chaleur énorme »[4] de Tipasa n’est pas si différent du Zorba qui s’interroge en ces termes: « Quand est-ce que les oreilles des gens s’ouvriront? Quand est-ce qu’on aura les yeux ouverts pour voir? »[5] Tous deux souhaitent « voir et voir sur cette terre »[6], non plus en spectateur mais dans un élan d’intense communion. Tandis que le jeune essayiste déclare avec beaucoup de lyrisme: « tenter d’accorder [ sa ] respiration aux soupirs tumultueux du monde »[7] ou écrit encore: « J’apprenais à respirer, je m’intégrais et je m’accomplissais »[8], Zorba, d’une façon plus fruste, plus primitive, mais avec un instinct encore plus sûr, s’emploie à chaque instant à ne faire qu’un avec le monde. S’il faut à Camus, en cette occasion, toute la magie des ruines de Tipasa pour connaître une journée de noces, Zorba, lui, semble parvenir à cet accord jusque dans les manifestations les plus insignifiantes de son existence. Qu’il contemple les dauphins dans la mer Egée, qu’il admire une fleur nouvelle au printemps, qu’il se jette dans la danse jouant avec la terre et l’espace dans un élan de cosmisation, qu’il s’enivre de la musique de son santouri, qu’il travaille à la mine ne faisant plus qu’un avec la terre et le charbon, nous voyons bien que, comme l’écrit Kazantzaki, il « sentait la matière avec une infaillible sûreté »[9]. Et c’est finalement la même réalité que Camus et Kazantzaki expriment lorsque le premier rend ainsi son expérience: «répandu aux quatre coins du monde […] je suis ce vent et dans le vent, ces colonnes et cet arc, ces dalles qui sentent chaud et ces montagnes […] jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde »,[10] tandis que Kazantzaki qui décrit le mode d’être propre à Zorba note: «L’univers s’écoulait, terres, eaux , pensées, hommes, vers une mer lointaine, et Zorba s’écoulait avec eux, sans apporter de résistance, sans interroger, heureux»[11] Mais, à travers leur capacité à s’intégrer au monde, c’est bien une philosophie de l’existence qui se révèle. Patron, parlant de son ami Zorba, dit en effet: « j’admirais avec quelle crânerie, quelle simplicité, il s’ajustait au monde, comment son corps et son âme formaient un tout harmonieux, et toutes choses, femmes, pain, eau, viande, sommeil, s’unissaient joyeusement avec sa chair et devenaient Zorba. Jamais je n’avais vu si amicale entente entre un homme et l’univers. »[12] Or, le choix du mot Harmonie fait bien de Zorba, par la fraternité qui le lie au monde, un fils de la Grèce antique. Sa filiation avec la pensée grecque Camus, lui, n’aura de cesse de la revendiquer. Reprenant l’hymne de Déméter il affirme : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. […] Aux mystères d’Eleusis, il suffisait de contempler. »[13] Ce qui apparaît clairement ici c’est que, d’une rive à l’autre, la Méditerranée offre toujours, de siècle en siècle, la même leçon. Camus la résume très simplement en quelques mots: « LUnité s’exprime ici en termes de soleil et de mer. »[14] Dans leur capacité à retrouver « cette patrie de l’âme où devient sensible la parenté du monde »[15], ils rejoignent la conception grecque d’un l’homme qui participe à la nature[16] et s’opposent au christianisme qui considère l’homme comme coupé d’une nature dont il doit s’assurer la maîtrise.[17]

 

 

          Dans cette Méditerranée exubérante, à la vie bruyante et colorée, à la nature prodigue, tout invite à la vie et favorise l’exaltation des sens. Il ne faut pourtant pas s’y tromper, Zorba, pas plus que Camus et avec lui la jeunesse algéroise, ne sont de simples hédonistes. Leur passion de vivre s’enracine, à n’en pas douter, dans leur conscience profonde de la mort et de l’absurde. Camus l’affirme, ce qui rend la vie exaltante c’est la certitude de la perdre et cet enseignement ne va pas sans quelque amertume. Une telle lucidité anime aussi bien Zorba que Patron. Elle fonde le choix de vie d’un Zorba qui s’interroge lui-même: « Dis donc, mon vieux Zorba, jusqu’à quand tu vas vivre et palpiter des narines? Il ne te reste plus beaucoup de temps pour humer l’air [ … ] vas-y, aspire à fond! »[18] De même, elle est le ver qui ronge la conscience de Patron incapable, lui, d’embrasser la philosophie zorbesque et de renoncer à tout espoir de salut. Il n’est pourtant pas le dernier à comprendre « le terrible avertissement [ qui nous est donné ] que cette vie est unique pour l’homme, qu’il n’y en a pas d’autre et que tout ce dont on peut jouir, c’est ici qu’on en jouira. Il ne nous sera donné, dans l’éternité, aucune autre chance ».[19]

            Mais il est particulièrement intéressant de souligner que c’est à la Méditerranée que Camus entend rattacher cette amère sagesse. Parlant de l’Algérie il écrit: « Ce pays […] ne promet ni ne fait entrevoir. Il se contente de donner, mais à profusion. [ … ] Ce qu’il exige, ce sont des âmes clairvoyantes, c’est-à-dire sans consolation. Il demande qu’on fasse un acte de lucidité comme on fait un acte de foi. »[20] Parlant de ses frères de soleil il salue la fierté tragique que recèle leur goût de la vie: « Ce peuple tout entier jeté dans son présent vit sans mythes, sans consolation. Il a mis tous ses biens sur cette terre et reste dès l’instant sans défense contre la mort. [ …] singulière avidité qui accompagne toujours cette richesse sans avenir. [ …] rien où accrocher une [ … ] éthique ou une religion, mais des pierres, la chair, des étoiles et ces vérités que la main peut toucher. »[21] Ainsi ces deux auteurs, également partis du constat de l’absurde de l’existence humaine, « la vie est [ … ] misérable, indigne de l’homme »[22] proteste Kazantzaki tandis que Camus parle de « la certitude consciente d’une mort sans espoir »[23], renvoient leurs personnages méditerranéens ( Alexis Zorba,   Patrice Mersault dans La Mort Heureuse ou le Meursault de L’Etranger ) vers la vie immédiate comme vers l’unique certitude que la promesse de mort ne saurait leur ravir. Zorba a fort bien compris que seul le parti pris de l’instant pouvait réintégrer du sens dans nos existences. C’est pourquoi il s’emploie avec tant de passion à être présent au monde. Vendanger la minute qui passe telle est la réponse de Zorba à la mort qui nous harcèle et c’est la même, notons-le, que celle choisie par l’homme absurde, Don Juan, dans Le Mythe de Sysiphe. Au « carpe diem et minimum credula postero », Zorba répond à sa façon: « J’ai cessé, dit-il, de me rappeler ce qui s’est passé hier, cessé de me demander ce qui se passera demain. Ce qui se passe aujourd’hui, en cette minute, c ’est de ça que je me soucie. Je dis: Qu’est-ce que tu fais en ce moment, Zorba ?           – Je dors. – Alors, dors bien! – Qu’est-ce que tu fais en ce moment, Zorba? – Je travaille. – Alors, travaille bien! – Qu’est-ce que tu fais en ce moment, Zorba? – J’embrasse une femme. – Alors, embrasse-la bien, Zorba, oublie tout le reste, il n’y a rien d’autre au monde, rien qu’elle et toi, vas-y! »[24] C’est pourquoi Zorba s’oppose radicalement à la philosophie du vieux grand-père qui déclarait agir comme s’il ne devait jamais mourir: moi, dit Zorba, « j’agis comme si je devais mourir à chaque instant »[25]. Si tous deux affichent une égale passion de vivre, seul Zorba témoigne de cette âpre lucidité où l’homme trouve, en même tant qu’une dignité reconquise, les moyens de la révolte. De même Camus puise-t-il dans son horreur de mourir toute sa « jalousie de vivre »[26]. « Comment faire comprendre pourtant que ces images de la mort ne se séparent jamais de la vie? Les valeurs ici sont étroitement liées »[27], souligne-t-il. Mais cette sagesse, où s’équilibre la vie et la mort, c’est à un peuple tout entier qu’il l’emprunte car, dans sa joyeuse simplicité, la jeunesse d’Alger ne dit pas autre chose lorsqu’elle s’adonne aux caresses de la mer et du soleil dans une totale indifférence au lendemain ou lorsque les jeunes filles s’offrent aux baisers sous les murs du cimetière de la ville. La philosophie que distillent les croque-morts algérois, pour plaisante qu’elle soit, n’en est pas moins lourde d’avertissements lorsque, roulant à vide, ils lancent aux jolies filles: « Tu montes, chérie? » Et Camus de conclure: « Rien n’empêche d’y voir un symbole, même s’il est fâcheux. »[28] Pour tous ces méditerranéens c’est sur l’instant qu’il faut donc miser. « La vie n’est pas à construire, mais à brûler »[29] affirme Camus, tandis que Zorba conseille à Patron de faire un tas de tous ses bouquins et d’y mettre le feu pour mieux brûler la vie[30], c’est-à-dire renoncer à une interrogation métaphysique stérile pour s’investir tout entier dans l’intensité de l’instant.

                        Or, ce parti pris de l’instant renvoie une fois encore ces hommes méditerranéens à leur héritage antique. Rejetant l’ailleurs et le plus tard chrétien ils ont choisi de vivre ici et maintenant. Si le christianisme nous oblige à choisir entre Dieu et le monde, comme le souligne Camus[31], il est clair qu’ils ont délibérément choisi d’asseoir leur royaume en ce monde. En rejetant la morale chrétienne Zorba éloigne le mirage de ce que Nietzsche appelle les arrières-mondes, chasse l’espoir et « les indignes consolations ». Ces héritiers de la Grèce ancienne sont eux aussi indifférents à l’immortalité. Nul désir chez eux de lier leurs actes à un quelconque espoir de récompense ou à la peur du châtiment futur. C’est pourquoi Camus peut écrire que « le mot vertu est sans signification dans toute l’Algérie »[32]. Non que ces hommes soient sans principes, mais parce qu’ils vivent sur d’autres valeurs que Zorba résume bien à sa façon: « Se jeter partout la tête la première! Dans le travail, le vin, l’amour, et ne craindre ni Dieu ni diable. »[33] C’est pourquoi Patron hésite entre l’admiration et le désaveu lorsqu’il apprend que Zorba, parti à Candie chercher du matériel pour la mine, y vit dans la débauche en dilapidant son argent. Au fond de lui-même il devine que son vieux compagnon a sans doute trouvé moins coupable de tromper dame Hortense que de tromper la Vie, moins déshonorant de voler Patron que de voler l’existence magnifique et brève. De même Camus salue-t-il dans le peuple d’Alger, ces hommes qui ont su ne pas « pécher contre la vie. Car s’il y a un péché contre la vie, ce n’est peut-être pas tant d’en désespérer que d’espérer une autre vie, et se dérober à l’implacable grandeur de celle-ci. Ces hommes n’ont pas triché »[34] , conclut-il. C’est donc moins l’immoralité des algérois ou de Zorba qui séduit respectivement Camus et Kazantzaki que leur immoralisme c’est-à-dire leur refus de lier leur action à un plus tard qui les détournerait de cette terre.

                        Ainsi, leur amour passionné de la vie, leur présence au monde, leur refus des espoirs trompeurs, sont autant de traits qui rapprochent ces hommes d’une conception grecque de l’existence mais, au delà même de la pensée antique, ce sont des éléments que la terre méditerranéenne, qu’elle soit Grèce ou Algérie, enseigne à ses enfants au contact de la mer et du soleil, au contact d’une vie qui est un appel permanent aux sens et au jouir. L’homme méditerranéen, face à la promesse d’une mort certaine, sait du moins que le présent recèle les chances d’un bonheur immédiat. Sa philosophie consiste alors à rejoindre les Anciens dans leur commune acceptation de la Vie et de la Mort qui leur ouvre, en même temps que les voies d’une vraie Sagesse, celle de la Mesure et de l’Harmonie et d’une dignité reconquise sur le Destin.

 

[1] « L’écrivain international français parle : je suis fils de la philosophie grecque », TO BIMA, Le Pas, jeudi 28 avril 1955.
[2] Titre de l’ouvrage d’Emmanuel Roblès consacré à Albert Camus et publié aux Editions du Seuil en 1995.
[3] Rapport au Gréco, (autobiographie) p. 9.
[4] Noces suivi de L’Eté, « Noces à Tipasa », Pléiade Essais, p. 55.
[5] Alexis Zorba, p.111.
[6] Noces, p. 57.
[7] op. cit. , p. 56.
[8] Noces, p.56.
[9] Alexis Zorba, p.129.
[10] Noces, « Le vent à Djémila », p. 62.
[11] Alexis Zorba, p. 55 et 56.
[12] op.cit. , p.154.
[13] Noces, «  Noces à Tipasa », p. 57.
[14] op. cit. , p. 75.
[15] Idem.
[16] L’homme révolté, Pléiade Essais, p. 439.
[17] op. cit. , p. 595.
[18] Alexis Zorba, p. 171.
[19] op.cit. , p.193.
[20] Noces, « L’été à Alger », p. 67.
[21] op. cit. , p. 74 et 75.

[22] Alexis Zorba, p.107.

[23] Noces, « Le vent à Djémila », p.­ 63.
[24] Alexis Zorba, p. 307.
[25] op. cit. , p. 44.
[26] Noces, « Le vent à Djémila », p. 64.
[27] Noces, « L’été à Alger », p. 73.
[28] Idem.

[29] op. cit. , p. 72.

[30] Alexis Zorba, p.111.
[31] Entre Plotin et saint Augustin, Pléiade Essais, p.1231.
[32] Noces, « L’été à Alger », p.72.
[33] Alexis Zorba, p. 265.
[34] Noces, « L’été à Alger », p. 76.

 

 

Publicités

Sagesse grecque et temps modernes

701983[1] (2)

 Albert CAMUS – Nikos KAZANTZAKI: ode à la pensée antique et au paysage grec.

* Extrait de ma thèse de Littérature : Albert CAMUS – Nikos KAZANTZAKI: d’une rive à l’autre ou l’itinéraire méditerranéen.

                                               La position d’Albert CAMUS et de Nikos KAZANTZAKI par rapport à la pensée grecque devra beaucoup à leur conception respective des devoirs incombant à l’homme moderne. Loin de se résumer à une analyse purement intellectuelle, elle jouera un rôle déterminant dans l’élaboration du modèle éthique qu’ils proposeront à l’Europe contemporaine pour conjurer ses errances.

                                               C’est tout d’abord dans un désaveu commun de ce siècle que Nikos Kazantzaki et Albert Camus se rejoignent. Le portrait, que ce dernier brosse de notre époque dans son discours du 10 décembre 1957 à Stockholm, est sans équivoque. Il y décrit sa génération comme « Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression […] où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort »[1]. La vision de Nikos Kazantzaki n’est pas moins pessimiste. Il confiera en effet à Manolis Gialourakis : « Nous nous trouvons à la fin d’une époque historique. Le monde dans lequel nous vivons se trouve en dissolution. Décomposition morale, psychique, économique. Le monde pris par la décomposition : c’est cela notre époque. »[2] En face de cet univers sombre ce sont finalement les valeurs grecques qui triomphent. Ainsi, l’éloge que fait Nikos Kazantzaki de la Grèce antique rejoint à beaucoup d’égards la nostalgie qui sourd de l ’analyse que Camus propose de l’Europe moderne, de l’Europe barbare. Alors qu’il sait ce qu’il abandonne en quittant l’Algérie et devine ce qu’il perd en renonçant à son voyage en Grèce, ses regrets font écho à l’émerveillement de Nikos Kazantzaki qui parcourt l’Attique. « Il semble qu’ici, en Attique, tout soit soumis à un rythme simple, sûr, équilibré. […] Le paysage attique suggère qu’il doit être le modèle idéal de l’homme : bien ouvragé, avare de paroles, libéré des richesses superflues, puissant et capable pourtant de contenir sa force et d’imposer des limites à son imagination. Le paysage attique atteint parfois les frontières de l’austérité mais ne les dépasse jamais, il s’en tient à un sérieux enjoué et accommodant. […] Tout est bien pesé, bien mesuré, et les vertus elles-mêmes n’en viennent pas à l’exagération, ne sortent pas de la mesure humaine; elles s’arrêtent au point à partir duquel elles deviendraient inhumaines ou divines. […] Le paysage attique […] exprime l’essentiel avec la plus grande économie de moyens. »[3] Il ne reste en revanche à Albert Camus, exilé dans l’horreur de son siècle, qu’une douloureuse nostalgie : « L’année de la guerre, je devais m’embarquer pour refaire le périple d’Ulysse. A cette époque, même un jeune homme pauvre pouvait former le projet somptueux de traverser une mer à la rencontre de la lumière. Mais j’ai fait alors comme chacun. […] J’ai pris ma place dans la file qui piétinait devant la porte ouverte de l’enfer. […] Les fantômes chaleureux des îles fortunées ne nous apparaissent plus qu’au fond d’autres longues années, encore à venir, sans feu ni soleil. »[4] « L’Attique, la liberté et ses vendanges, le pain de l’âme sont pour plus tard »[5] conclut-il. Remarquons que les vertus grecques que Nikos Kazantzaki reconnaît dans le paysage attique sont celles qu’Albert Camus saluait dans « L’exil d’Hélène » et mettait en exergue face au visage contemporain de l’Europe décadente. « La pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite, écrit-il. Elle n’a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison, parce qu’elle n’a rien nié, ni le sacré, ni la raison. Elle a fait la part de tout, équilibrant l’ombre par la lumière. Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité, est fille de la démesure. […] Elle recule dans sa folie les limites éternelles et, à l’instant, d’obscures Erinnyes s’abattent sur elle et la déchirent. »[6] Mais, en dépassant ses limites, en exilant la Mesure grecque, l’Europe a renoncé à rechercher l’équilibre comme à trouver l’Harmonie. « Dans cette Europe humide et noire »[7] qu’il décrit, nulle place ne reste pour la lumière grecque dont Nikos Kazantzaki devine le miraculeux pouvoir : « la lumière en Grèce est toute spirituelle. C’est dans cette lumière que l’homme a réussi à voir clair, à mettre de l’ordre dans le chaos et à en faire un univers. Et un univers, cela veut dire une harmonie. »[8] Or, nous sommes frappée par l’omniprésence de la lumière dans les notes prises par Albert Camus lors de son voyage en Grèce en 1955 : « lumière parfaite »[9], « lumière étincelante »[10], « lumière divine »[11], « pure lumière »[12], qui deviendra dans sa mémoire le symbole même de cette harmonie reconquise. N’écrit-il pas : « Tout s’oublie ici et tout se refait. Ces jours merveilleux passés [..] dans une lumière inlassable, j’en retiens le goût dans ma bouche, dans mon cœur, une seconde révélation, une seconde naissance »[13] ? De « Ces vingt jours de courses à travers la Grèce »[14] que veut-il conserver ? Rien que la lumière tant elle contient tout : « ils m’apparaissaient [ces vingt jours] comme une seule et longue source de lumière que je pourrai garder au cœur de ma vie. La Grèce n’est plus pour moi qu’une longue journée étincelante […]. Retenir cette lumière, revenir, ne plus céder à la nuit des jours… »[15] Telle est la lumière grecque à laquelle Camus attache une sagesse et où il cherche la force de résister aux ténèbres modernes vers lesquelles il retourne.

                                               Mais l’harmonie qu’elle révèle est répudiée par l’homme moderne qui a délibérément coupé ses liens avec la nature. C’est ce que dénonce encore Albert Camus en mettant dos à dos Platon et Hegel, la Grèce antique et l’Occident moderne : « Si l’on veut bien saisir notre différence, il faut s’adresser à celui de nos philosophes qui est le vrai rival de Platon. Seule la ville moderne, ose écrire Hegel, offre à l’esprit le terrain où il peut prendre conscience de lui-même. […] Délibérément, le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation des soirs. […] L’histoire n’explique ni l’univers naturel qui était avant elle, ni la beauté qui est au-dessus d’elle. Elle a donc choisi de les ignorer. […] La taupe médite. »[16] « Mais, on ne le répétera jamais assez, écrit Etienne Barilier, Platon lui aussi, lui d’abord, est un amoureux du monde »[17]. Sans doute est-ce ici d’ailleurs que la pensée camusienne rencontra d’abord la pensée grecque et tissa avec elle, dans ce commun amour du monde, ses liens les plus sûrs. En avril 1955, la description que nous offre Camus du Parthénon nous fait comprendre, mieux qu’un long discours, tout ce qui sépare la conception grecque de l’art des constructions modernes : « prodigieuse audace de l’Acropole où les architectes ont joué non pas avec des mesures harmonieuses mais avec la prodigieuse extravagance des caps, des îles jetées sur un golfe immense et d’un ciel à la vaste conque tournoyante. Ce n’est pas le Parthénon qu’ils ont construit mais l’espace lui-même »[18]. C’est la même impression qu’éprouvait finalement Nikos Kazantzaki devant le temple d’Apollon à Bassae. « J’ai du mal à aimer d’un seul coup les temples antiques »[19], écrivait-il tout d’abord. « Il me fallut donc beaucoup de temps pour découvrir la profonde correspondance qui existe entre le paysage et le monument […]. Peu à peu […] le temple m’apparut comme un fragment de la montagne […], fait de la même roche et suivant un même rythme. »[20] Tandis que les Anciens ne se coupaient jamais du monde qui les entourait et cherchaient à entrer avec lui dans une harmonieuse collaboration, l’homme moderne, en revanche, s’est amputé d’une part de lui-même. Il s’est coupé de la Création. Mais en perdant ses chances d’harmonie il a perdu aussi son sens de la limite. En se détournant de la nature, l’homme rejette le visage du destin : libéré du décor, qui par sa permanence lui rappelle sa finitude, il peut commencer à se prendre pour Dieu. Il ne reste à Camus qu’à en faire le constat désespéré : « La démesure est un incendie selon Héraclite, écrit-il. L’incendie gagne »[21]. Pourtant, si la taupe voulait bien consentir un instant à contempler le monde elle y trouverait, intactes, les chances d’une réconciliation : « La nature est toujours là, pourtant. Elle oppose ses ciels calmes et ses raisons à la folie des hommes. Jusqu’à ce que l’atome prenne feu lui aussi et que l’histoire s’achève dans le triomphe de la raison et l’agonie de l’espèce. Mais les Grecs n’ont jamais dit que la limite ne pouvait être franchie. Ils ont dit qu’elle existait et que celui-là était frappé sans merci qui osait la dépasser. Rien dans l’histoire d’aujourd’hui ne peut les contredire. »[22] Cette sagesse hellénique, elle aussi perdue, Nikos Kazantzaki la retrouvera pourtant dans le paysage grec comme en témoigne encore le Rapport au Gréco : « Toutes les choses en Grèce, les montagnes, les rivières, les mers, les plaines s’humanisent et parlent à l’homme une langue presque humaine. Elles ne l’écrasent pas, ne le tourmentent pas ; elles deviennent ses amies et ses collaboratrices. »[23] Cette complicité entre l’homme et la nature, qui laisse toutes ses chances à l’Harmonie, Kazantzaki la louait déjà dans ses Carnets de voyage : « Les trois jours qui séparent Olympie du temple d’Apollon à Bassae, y écrivait-il, se dressent et bruissent dans mon esprit comme trois platanes.

      « J’ai été ravi par la verdure, les eaux, les paisibles vallées, le parfum de la sarriette ; par les accueillantes montagnes, par cet éternel paysage grec inondé de lumière, fait à la taille de l’homme. »[24]

C’est désormais cette fraternité entre l’homme et le monde, la créature et la Création, qu’Albert Camus n’aura de cesse de revendiquer. Rétablir le lien rompu entre l’homme moderne et l’immuable nature, tel est le salut possible auquel il nous engage : « A l’heure où le goût des doctrines voudrait nous séparer du monde, il n’est pas mauvais que des hommes jeunes, sur une terre jeune [l’Algérie], proclament leur attachement à ces quelques biens périssables[25] et essentiels qui donnent un sens à notre vie : mer, soleil et femmes dans la lumière. Ils sont le bien de la culture vivante, le reste étant la civilisation morte que nous répudions. »[26] La jeunesse algérienne a renoué avec la nature le dialogue qu’entretenaient avec elle les Grecs. C’est pourquoi Camus sait tout ce que pourrait apprendre d’elle une Europe qui, comme l’écrit Roger Quilliot, « a parié sur le salut, s’est installée dans l’histoire, tournant le dos à ce que la terre comporte d’éternel »[27].

                                               Face à cette Europe où tout annonce le triomphe des « royaumes de la mort »[28], Nikos Kazantzaki loue le paysage grec sans cesse en mouvement où les Anciens surent puiser une leçon de vie. « A chaque instant, écrivait-il, dans ses Carnets de voyage, tout en restant immuable, il se transforme. Il ne lasse jamais. Il possède à la fois une unité interne et une variété qui se renouvelle sans cesse.

      « Ce même rythme, ne gouverne-t-il pas aussi l’art grec qui aima, comprit et exprima cet éternel paysage ? Regardez bien une sculpture de la grande époque classique. Elle n’est pas immobile. […] La statue vit, bouge, perpétue la tradition et prépare l’avenir avec une audace disciplinée. […]

      « Cette haute leçon de soumission et d’audace, les artistes de l’Antiquité l’ont certainement tirée du paysage grec qui, tout en conservant son unité, se renouvelle sans cesse. »[29]

Telle est l’impression qu’il conservera intacte jusque dans son ultime écrit, le Rapport au Gréco : « Je regardais, humais la Grèce […] A chaque instant le paysage grec, tout en restant le même, change légèrement : sa beauté ondule, il se renouvelle. Il a une unité profonde et en même temps une diversité sans cesse renouvelée. Le même rythme ne gouverne-t-il pas l’art antique, qui est né en regardant, en aimant, en sentant et en formulant le monde visible qui l’entourait ? »[30] Or, c’est ce frémissement incessant de vie, qui habite le paysage et imprègne la civilisation méditerranéenne, qu’Albert Camus revendiquera profondément. En honorant « les formes bariolées de la passion de vivre »[31] qui animent l’homme méditerranéen « nourri de ciel et de mer »[32], il nous engage à répudier avec lui « les puissances d’abstraction et de mort au nom de nos forces de vie »[33]. On peut à bon droit se demander si cette passion pour une vie colorée, bruyante, exubérante, n’est pas plus africaine encore[34] que grecque. Néanmoins, c’est bien à l’hellénisme que Camus entend la rattacher, lui qui vante finalement « l’orgueil de la vie qui animait le monde antique »[35].

                                               La Beauté, qui transparaît dans le paysage méditerranéen et inspira l’art grec, est également louée par Albert Camus et Nikos Kazantzaki. Sans doute n’était-ce pas un hasard si Alexis Zorba, porteur des valeurs méditerranéennes dans l’œuvre de Kazantzaki, était, sous ses apparences rudes, un véritable esthète. Souvenons-nous de la confession de Patron : « Le sens des mots art, amour, beauté, pureté, passion – cet ouvrier l’éclairait pour moi avec les mots humains les plus simples. »[36] C’est à son contact encore qu’il contemple en naviguant dans la mer Egée la beauté du monde : « Mais fendre cette mer-là, par un tendre automne, en murmurant le nom de chaque île, je crois qu’il n’est pas de joie qui, davantage, plonge le cœur de l’homme dans le Paradis […] jusqu’au fond de l’horizon, je m’enivrais du miracle. »[37] « Heureux, dit-il encore, l’homme à qui il a été donné, avant de mourir, de naviguer dans la mer égéenne »[38] ; conviction qu’il partage sans nul doute, comme nous l’avions déjà souligné,  avec un personnage comme le Clamence de La Chute. A contrario, dans « L’exil d’Hélène » c’est tout l’Occident moderne qui a oublié ce miracle grec : « Notre temps, au contraire, a nourri son désespoir dans la laideur […]

      « Nous avons exilé la beauté, les Grecs ont pris les armes pour elle. »[39]

C’est en des termes assez proches que Nikos Kazantzaki proclame son désaveu à l’égard de son temps dont il pressent les égarements : « Le jour viendra, écrivait-il dès 1937, – il est déjà là – où nous ne goûterons plus la grâce, la noblesse, la douceur de la beauté, ni le charme de la paix. Siècle de fer. »[40] Or, Camus, comme Kazantzaki, sait bien qu’en faisant fi de la Beauté le monde moderne renonce à bien plus. Albert Camus écrivait en effet dans L’Homme révolté : « L’art, du moins, nous apprend que l’homme ne se résume pas seulement à l’histoire et qu’il trouve ainsi une raison d’être dans l’ordre de la nature. Le grand Pan, pour lui, n’est pas mort. Sa révolte la plus instinctive, en même temps qu’elle affirme la valeur, la dignité commune à tous, revendique obstinément, pour en assouvir sa faim d’unité, une part intacte du réel dont le nom est la beauté. »[41] Comme le souligne Etienne Barilier, ainsi comprise, la beauté camusienne doit beaucoup à Platon. Car, ce dont elle atteste d’abord c’est de « la présence paradoxale, dans l’imperfection même du monde, d’une perfection. »[42] Il est remarquable de noter à quel point le voyage que fera Albert Camus en Grèce lui en apportera la confirmation. Les mots « parfait », « perfection », reviennent sans cesse dans ses notes, jaillis de son émerveillement devant la beauté des paysages ou de l’art grec. « Instant parfait »[43], « heure ici encore […] parfaite »[44]. On « sor[t] un peu ivre […] de cette perfection »[45], écrit-il encore. Lui aussi, comme Kazantzaki le fut, est subjugué par le paysage si changeant : « Emerveillé par la beauté des paysages, notait-il. Tout ce que la Grèce tente en fait de paysages, elle le réussit et le mène à la perfection. »[46] Bientôt il revendique l’univers grec comme sien. Depuis Délos il contemple autour de lui la terre des Hellènes et écrit : « je peux regarder sous la droite et pure lumière du monde le cercle parfait qui limite mon royaume. »[47] C’est encore dans une Grèce où la beauté triomphe qu’il peut faire à nouveau siens les mots d’Œdipe : « Tout est bien. »[48]

                                               A cette soif de perfection, à la « faim d’unité » que Camus devine en chacun, répond le « désir de la beauté » que Kazantzaki attache à l’homme. « Hélène, dit-il, a généreusement partagé sa chance entre toutes les femmes et, comme un cri immense, elle a traversé les siècles en réveillant au fond de chaque homme le désir de la beauté. »[49] Ayant ainsi conjointement débusqué le désir de transcendance qui veille en l’homme, Albert Camus se navrait dès 1932 dans son « Essai sur la musique » de ce que « La science et la philosophie ont remplacé l’élan vers l’idéal »[50]. C’est la même idée qu’il reprendra dans L’Eté car, comme le souligne Pauline Newman-Gordon, « L’exil d’Hélène représente pour Camus le refus de la beauté dans un monde obsédé par la force »[51].  Revenant encore à la pensée grecque il notait dans ses Carnets en 1941 : « Mais l’esprit grec : S’il n’est pas beau, il n’est pas Dieu. Les Grecs ont vaincu. »[52] Cependant le monde moderne n’a plus de goût pour ce « pain éternel »[53] et il n’est pas jusqu’au peuple grec qui, ayant exilé la Beauté, ne soit retourné à la barbarie des premiers âges. Regardant ses compatriotes, Kazantzaki déclare avec son ami poète : «  – aucune noblesse, […] aucune grâce. Ce sont des barbares. »[54]


Notes:
[1]  A. CAMUS, « Discours de Suède », éd. La Pléiade, Essais,  p. 1073.
[2]  M. GIALOURAKIS, Kazantzaki : une journée à Antibes, p. 25.
[3]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 135 et 136  (Souligné par nous).
[4]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « Prométhée aux Enfers », p. 120 et 121.
[5]  Idem
[6]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 133 et 134. (Le vocabulaire souligné ici par nous fait écho à celui relevé dans le texte de Nikos Kazantzaki précédemment cité).
[7]  op. cit. , p. 121.
[8]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 168  (Souligné par nous).
[9]  A. CAMUS, Carnets III, p. 159.
[10]  op. cit. , p. 168.
[11]  op. cit. , p. 169.
[12]  op. cit. , p. 170.
[13]  op. cit. , p. 171.
[14]  op. cit. , p. 173.
[15]  A. CAMUS, Carnets III, p. 173.
[16]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 136 et 137.
[17]  E. BARILIER, « La création corrigée », Cahiers Albert Camus -5-, p. 144.
[18]  A. CAMUS, Carnets III, p. 160.
[19]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 208.
[20]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 208.
[21]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 138.
[22]  Idem
[23]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 170.
[24]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 205.
[25]  « biens périssables » pour l’homme mortel appelé à les perdre mais impérissables dans leur essence.
[26]  A. CAMUS, Présentation de la Revue Rivage, éd. La Pléiade, Essais,  p. 1330.
[27]  R. QUILLIOT, La Mer et les prisons, p. 253.
[28]  A. CAMUS, « Discours de Suède », éd. La Pléiade, Essais, p. 1073.
[29]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 205.
[30]  N. KAZANTZAKI, Lettre au Gréco, p. 171.
[31]  A. CAMUS, Présentation de la revue  Rivages, éd. La Pléiade, Essais,  p. 1331.
[32]  Idem
[33]  Ibid.
[34]  Voir Noces suivi de L’Eté, p. 87.
[35]  A. CAMUS, Entre Plotin  et saint Augustin, éd. La Pléiade, Essais, p. 1227.
[36]  N. KAZANTZAKI, Alexis Zorba, p. 20  (Souligné par nous).
[37]  op. cit. , p. 23  (Souligné par nous).
[38]  Idem. Notons qu’il reprend la formule de l’hymne de Déméter citée par Albert Camus dans Noces : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses . »
[39]  A. CAMUS, Noces suivi de L’Eté, « L’exil d’Hélène », p. 133.
[40]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 223.
[41]  A. CAMUS, L’Homme révolté, éd. La Pléiade, Essais, p. 679  (Souligné par nous).
[42]  E. BARILIER, « La Création corrigée », Cahiers Albert Camus -5- , p. 143.
[43]  A. CAMUS, Carnets III, p. 159  (Souligné par nous).
[44]  op. cit. , p. 163  (Souligné par nous).
[45]  op. cit. , p. 158  (Souligné par nous).
[46]  op. cit. , p. 172  (Souligné par nous).
[47]  op. cit. , p. 170  (Souligné par nous).
[48]  op. cit. , p. 159.
[49]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus,, p. 213  (Souligné par nous).
[50]  Ecrits de jeunesse d’Albert Camus, « Essai sur la musique », Cahiers Albert Camus -2- , p. 162.
[51]  P. NEWMAN-GORDON, Hélène de Sparte. La Fortune du mythe en France, Nv. Ed. Debresse, Paris 1968, chapitre III consacré à Albert Camus, p. 162.
[52]  A. CAMUS, Carnets I, p. 239.
[53]  A. CAMUS, Carnets II, p. 326.
[54]  N. KAZANTZAKI, Du Mont Sinaï à l’île de Vénus, p. 223.
*Image: Edward LEAR, Temple d’Apollon à Bassae, 1854-1855